Le 21 mai 2025, le président du Niger, Abdourahamane Tchiani, a reçu en audience le général Saddam Haftar, fils de Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne (ANL). Cette visite s’inscrit dans le cadre d’une coopération militaire et stratégique renforcée entre la Cyrénaïque et la junte au pouvoir à Niamey.
Agissant en qualité d’émissaire de son père, Saddam Haftar a transmis un message de soutien et de solidarité au chef de l’État nigérien. Il a réaffirmé l’engagement de l’ANL dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité régionale, notamment dans la zone frontalière entre la Libye et le Niger, hautement stratégique pour le contrôle des trafics illicites et des mouvements djihadistes.
Une reconnaissance officielle du Niger
À l’issue de leur entretien, le président Tchiani a honoré son invité en lui remettant la plus haute distinction nationale, le Nishan al Istihqaq al Watani. Ce geste symbolique souligne l’importance accordée par Niamey aux efforts de l’ANL dans la sécurisation du Sahel et renforce l’axe émergent entre Benghazi et la capitale nigérienne.
Une alliance qui prend forme sur plusieurs plans
Cette rencontre fait écho à une dynamique de rapprochement amorcée depuis plusieurs mois. En septembre 2024, des négociations avaient été engagées entre le clan Haftar et les autorités nigériennes au sujet de l’ancienne base militaire française de Madama, située à proximité de la frontière libyenne. La possibilité d’y établir une plateforme logistique pour l’ANL avait alors été évoquée.
Au-delà de la coopération militaire, le partenariat entre les deux parties comprend également des dimensions économiques et logistiques. Des discussions seraient en cours concernant la fourniture de carburants, de denrées alimentaires et l’investissement libyen dans les secteurs agricole et immobilier au Niger. En retour, la Cyrénaïque pourrait obtenir un accès stratégique à certaines infrastructures clés.
La Russie en arrière-plan ?
Certains analystes évoquent une influence indirecte de la Russie dans ce rapprochement. Déjà présente militairement en Cyrénaïque, Moscou pourrait utiliser cette alliance pour renforcer sa présence en Afrique de l’Ouest, à l’heure où les puissances occidentales réduisent leur engagement dans la région.
Conséquences régionales et ambitions personnelles
Cette coopération croissante intervient dans un contexte d’instabilité politique au Sahel, marqué par le retrait des forces occidentales, l’émergence de régimes militaires, et une recomposition des alliances régionales. Pour la Cyrénaïque, il s’agit d’un moyen de s’imposer comme un acteur clé de la sécurité régionale.
En toile de fond, cette visite constitue également une étape dans l’ascension politique de Saddam Haftar, qui consolide son rôle de figure montante au sein du paysage sécuritaire et diplomatique de la région, dans l’ombre encore présente de son père.











