Alors que les partis politiques ont été dissous au Mali, les avantages financiers accordés aux présidents des institutions demeurent. Une situation qui suscite l’indignation croissante de la population.
Le débat post-dissolution : des avantages toujours maintenus
Le 13 mai 2025, un Conseil des ministres extraordinaire a acté la dissolution de tous les partis politiques et mouvements à caractère politique au Mali, tournant ainsi une page de plus de 30 ans de vie politique multipartite. Si cette décision marque un tournant historique, elle laisse place à une autre interrogation majeure : pourquoi les avantages financiers alloués aux présidents des institutions de la République sont-ils toujours en vigueur ?
Des privilèges en décalage avec la rupture annoncée
Pour de nombreux citoyens maliens, il apparaît incohérent de supprimer les structures politiques tout en maintenant les fonds spéciaux destinés aux hauts dirigeants de la transition. Selon eux, cette contradiction trahit l’esprit de réforme prôné par les autorités actuelles. Un ingénieur interrogé à Bamako déclare : « Ces avantages doivent disparaître. C’est un détournement à peine voilé si les dirigeants de la transition continuent à les percevoir. »
La colère populaire est particulièrement vive concernant les montants en jeu : 150 millions de F CFA pour le président de la transition, 30 millions pour le président du Conseil national de transition et 25 millions pour le Premier ministre. Ces chiffres cristallisent les frustrations dans un contexte économique difficile.
Une transition critiquée pour son mimétisme avec l’ancien régime
Certains intellectuels estiment que les dirigeants actuels tombent dans les mêmes travers que ceux qu’ils critiquaient. Selon un professeur d’université, « on ne peut pas dénoncer l’ancien système tout en profitant des avantages qu’il a créés ». Pour lui, ces fonds spéciaux sont un symbole de gouvernance contestée, où l’intérêt public est souvent relégué au second plan.
Un autre citoyen malien va plus loin, parlant de « trahison des idéaux de la transition », accusant les responsables actuels de céder à « la tentation de l’enrichissement personnel ».
Des défenseurs de la continuité institutionnelle
Toutefois, certains soutiennent la légitimité de ces avantages. Des partisans de la transition, notamment sur les réseaux sociaux, affirment que l’État est une continuité, et que ces fonds sont prévus par les textes en vigueur. « On ne peut pas tout remettre en cause sous prétexte de rupture. Ces montants sont encadrés par la loi », affirme un influenceur.
Une fonctionnaire interrogée partage ce point de vue : « Ces acquis ne datent pas d’hier. Il est normal qu’ils soient maintenus jusqu’à ce qu’une nouvelle loi les abroge. »
Un sujet au cœur des discussions populaires
Dans les grins, ces lieux de débats populaires au Mali, le sujet est omniprésent. Pour beaucoup, un geste fort de renoncement à ces avantages pourrait apaiser la tension sociale et donner un véritable signal de changement. Mais en l’absence de telles décisions, le fossé entre les dirigeants et la population risque de se creuser davantage.












