Au Sénégal, une vaste offensive judiciaire contre la corruption a conduit à l’arrestation de près de 300 individus et à la saisie de biens estimés à 15 milliards de FCFA. L’opération marque une intensification des efforts de lutte contre la délinquance économique depuis mars 2024.
Opération judiciaire d’envergure contre la corruption au Sénégal
Depuis septembre 2024, le Pool judiciaire financier (PJF) du Sénégal a engagé une campagne anticorruption de grande ampleur, ayant permis de traiter 292 dossiers d’enquête. Ce travail a conduit à l’interpellation de près de 300 personnes pour des faits présumés de corruption, détournement de fonds publics et enrichissement illicite.
Lors d’une conférence de presse organisée le 17 avril 2025 à Dakar, les procureurs en charge ont annoncé la saisie de 15 milliards de FCFA, équivalant à 22,8 millions d’euros. Ces résultats illustrent l’engagement renforcé de la justice dans la lutte contre les crimes économiques.
Enquête parallèle sur la gestion du fonds Covid-19
En parallèle, une autre enquête portant sur la gestion du fonds de riposte contre la pandémie de Covid-19, d’un montant de 1 000 milliards de FCFA alloués entre 2020 et 2021, a abouti à l’audition de 27 personnes. Le procureur de Dakar, Ibrahima Ndoye, a indiqué que 26 suspects ont été libérés sous caution, tandis qu’un reste en garde à vue.
Les faits reprochés incluent corruption, escroquerie, concussion et détournement de fonds publics. Le procureur général Mbacké Fall a précisé que cinq anciens ministres sont concernés. Leur mise en accusation éventuelle dépendra d’un vote à l’Assemblée nationale, conformément à la compétence exclusive de la Haute Cour de justice.
Saisies réparties sur plusieurs régions
Le procureur du PJF, El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla, a dressé un bilan détaillé des saisies : des véhicules de luxe, 11 titres fonciers situés entre Thiès et Mbour, ainsi que deux propriétés immobilières provisoirement enregistrées au nom de l’État sénégalais. Ces actions traduisent une intensification notable de la lutte contre les biens mal acquis depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration en mars 2024.
Un combat long et complexe, mais déterminé
Les procureurs ont reconnu la complexité des défis juridiques liés à la traque des avoirs illicites, en soulignant la nécessité de moyens techniques adaptés et d’une coopération interinstitutionnelle renforcée.
« La lutte contre la délinquance économique et financière demande du temps et de la détermination », a déclaré M. Sylla, soulignant la sophistication des réseaux impliqués dans ces délits.
Pour sa part, le procureur Ndoye a insisté sur l’importance de respecter les principes juridiques fondamentaux, affirmant que la présomption d’innocence demeure pleinement garantie tout au long des procédures.











