Le 12 mai 2025, un massacre d’une rare brutalité a visé des civils peuls dans le centre du Mali. Ce drame s’inscrit dans une série d’exactions ethniques récurrentes dans toute la région sahélienne.
Un carnage à Diafarabé : des civils ciblés en fonction de leur ethnie
Dans la journée du 12 mai 2025, le village de Diafarabé, situé au centre du Mali, a été le théâtre d’un acte d’une extrême violence. Des individus en civil, bientôt épaulés par des soldats, ont encerclé le quartier du marché. Les témoins rapportent que les hommes armés ont procédé à une séparation des civils selon leur appartenance ethnique : les Peuls d’un côté, les autres de l’autre.
Au moins 27 personnes identifiées comme membres de cette communauté ont été arrêtées, ligotées, bâillonnées, les yeux bandés, puis transportées en pirogue de l’autre côté du fleuve, près d’un cimetière. Un seul homme a réussi à s’échapper. Son récit fait froid dans le dos : selon ses mots, tous les autres ont été exécutés, égorgés un à un.
Une persécution qui dépasse les frontières maliennes
Les violences de Diafarabé ne sont pas des faits isolés. Depuis plusieurs années, la communauté peule est la cible de représailles violentes dans toute la région sahélienne, notamment au Burkina Faso, au Niger et dans certaines zones du nord du Nigeria.
Ces exactions prennent appui sur un amalgame persistant : celui qui associe les Peuls à des groupes jihadistes actifs dans la région. Cette stigmatisation, alimentée par des discours politiques ambigus et la militarisation croissante de certaines zones, se traduit par une multiplication des massacres à caractère ethnique.
Le cas du Burkina Faso : un climat d’impunité croissant
Les 10 et 12 mars 2025, les localités de Solenzo, au Burkina Faso, ont été frappées par des attaques sanglantes. Plus de 130 civils, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont été tués dans ce qui s’apparente à une véritable épuration ethnique. Des actes similaires ont été recensés à Gnafoabouga, Dédougou et Lanfiéra dans les semaines qui ont suivi.
Derrière ces violences se profile un système structuré. Le recours massif aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) – des supplétifs civils armés par l’État – ainsi que la création des brigades d’intervention rapide (BIR) ont contribué à entretenir un climat de méfiance et d’insécurité. L’absence de contrôle et les dérives de ces groupes, parfois tolérées voire encouragées par certaines autorités, aggravent la situation.
Entre silence et instrumentalisation politique
Au-delà des massacres eux-mêmes, ce qui alarme les observateurs, c’est l’absence de réaction forte des gouvernements concernés. Dans certains cas, des propos tenus par des officiers de la junte militaire ou des responsables locaux renforcent la légitimation implicite de ces actes.
La population peule, majoritairement musulmane, se retrouve ainsi à la croisée de plusieurs vulnérabilités : sociale, religieuse, ethnique et géopolitique. Pris entre les groupes armés et les forces étatiques ou paramilitaires, de nombreux civils sont devenus des victimes collatérales d’une guerre qui ne dit pas son nom.
Une urgence humanitaire et politique
Face à l’intensification de ces violences, les appels à la protection des civils se multiplient. Les organisations de défense des droits humains demandent l’ouverture d’enquêtes indépendantes et des sanctions contre les responsables.
Mais au-delà des condamnations, c’est toute une politique de réconciliation ethnique, de justice transitionnelle et de désarmement qu’il faudra mettre en place pour mettre fin à l’engrenage meurtrier qui menace la stabilité du Sahel.











