L’Union européenne prévoit de conditionner ses aides financières aux pays africains à des résultats tangibles en matière de lutte contre la migration irrégulière. Cette mesure s’inscrit dans une nouvelle orientation politique en cours d’élaboration pour la période 2028–2034.
Une nouvelle condition pour les financements européens
La Commission européenne prépare un projet de budget qui pourrait profondément modifier les relations entre l’Union européenne (UE) et ses partenaires africains. Pour la période budgétaire allant de 2028 à 2034, Bruxelles envisage d’associer l’octroi de son aide extérieure à la coopération effective des pays africains en matière de réduction des flux migratoires vers l’Europe.
Ce projet, en cours de finalisation, prévoit que les aides accordées aux pays en développement, notamment africains, seront soumises à une obligation de résultats concrets dans le domaine migratoire. Il s’agit d’un changement significatif dans la politique européenne de financement extérieur, jusque-là plus largement axée sur le développement économique et social.
Une approche incitative et flexible
Selon le document budgétaire, l’Union européenne compte « utiliser tous les instruments appropriés et les leviers nécessaires » pour mettre en œuvre cette nouvelle orientation. Cela pourrait impliquer une modulation du volume de financement en fonction de la coopération observée avec les pays concernés. Autrement dit, les États africains jugés peu coopératifs sur le dossier migratoire pourraient voir leur aide européenne réduite.
Cette stratégie traduit un durcissement des positions européennes, nourri par la poussée des partis conservateurs et de droite, notamment lors des dernières élections européennes. Ces courants politiques prônent un contrôle plus strict de l’immigration, y compris par le biais de la politique étrangère.
Une inspiration anglo-saxonne
La démarche de l’Union européenne s’inspire désormais de modèles déjà adoptés par des pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, où les aides à l’étranger sont souvent conditionnées à des objectifs stratégiques nationaux, y compris migratoires.
Le projet de la Commission européenne, porté par la présidente Ursula von der Leyen, a reçu l’appui de plusieurs membres influents, notamment l’Italie et le Danemark, ainsi que du Parti populaire européen (PPE), formation politique de centre-droit à laquelle elle appartient.
Vers une généralisation du modèle tuniso-européen ?
Les défenseurs de cette nouvelle ligne souhaitent généraliser le modèle de partenariat migratoire UE-Tunisie, conclu en 2023, à d’autres pays africains. Cet accord visait notamment à renforcer le contrôle des frontières et à réduire les départs vers l’Europe, en échange d’un soutien financier.
Le projet budgétaire actuel souligne également la nécessité de renforcer la cohérence entre politique migratoire, politique d’asile et politique étrangère, pour que l’aide européenne devienne un véritable outil de gestion des migrations.
Une annonce attendue pour le 16 juillet
La version finale de cette proposition est attendue pour le 16 juillet, date à laquelle la Commission européenne devrait la présenter officiellement. Cette initiative pourrait avoir un impact majeur sur la relation entre l’Europe et l’Afrique en redéfinissant les critères d’attribution de l’aide.
En octobre 2024, l’UE avait déjà accordé 30 millions d’euros au Sénégal pour appuyer la lutte contre la migration irrégulière, préfigurant ainsi l’approche conditionnelle aujourd’hui envisagée à plus grande échelle.











