Le bras de fer entre les pays de l’AES et l’UEMOA s’intensifie après le rejet du Burkina Faso à la présidence tournante du Conseil des ministres. Une crise qui relance le débat sur l’avenir du franc CFA dans la sous-région.
L’UEMOA à l’épreuve d’une crise politique inédite
La session ordinaire du Conseil des ministres de l’UEMOA, tenue le 11 juillet 2025 à Lomé, a viré au conflit ouvert. Les représentants des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso et Niger — ont quitté les discussions après le refus de désigner le Burkina Faso à la tête du Conseil. Ce départ fracassant s’explique par le non-respect de l’article 11 des statuts de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), qui prévoit une présidence tournante de deux ans assurée par les ministres des Finances des États membres.
Derrière cet affront institutionnel, c’est une tension politique plus profonde qui s’exprime. Le Burkina Faso, pressenti pour la présidence, aurait conditionné son acceptation à une révision des relations entre l’Union et la France, toujours considérée comme garant du franc CFA. Cette demande, perçue comme un défi frontal aux fondements de l’UEMOA, a gelé toute avancée.
Une fracture symbolique autour du franc CFA
Le franc CFA, monnaie encore largement utilisée en Afrique de l’Ouest, cristallise les désaccords. Dans les États de l’AES, cette devise est désormais qualifiée de « monnaie de servitude », héritage direct du passé colonial. Cette perception alimente un sentiment croissant d’autonomie monétaire.
En février 2024, le président nigérien général Abdourahamane Tiani avait déjà laissé entendre que la création d’une monnaie propre à l’AES constituerait une étape cruciale vers la souveraineté économique. Si peu de détails ont été fournis, la mise en place de la Banque Confédérale d’Investissement et de Développement (BCID-AE), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA, envoie un signal fort : les pays de l’AES préparent les bases d’un système financier indépendant.
Des intérêts divergents mais un équilibre encore possible
Malgré cette escalade, l’UEMOA pourrait encore éviter une rupture. En effet, les États de l’AES — tous enclavés — dépendent fortement des débouchés portuaires accessibles via les autres pays membres de l’Union. L’adhésion à l’UEMOA leur garantit aussi un accès aux marchés financiers sous-régionaux.
Cette dépendance mutuelle explique probablement le silence de la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de l’UEMOA, seule instance habilitée à trancher le litige. Pour l’heure, l’organisation tente d’éviter une nouvelle fracture institutionnelle après le départ des États de l’AES de la CEDEAO.
Vers une recomposition monétaire de la région ?
Ce bras de fer pourrait redéfinir le paysage économique ouest-africain. Le choix entre intégration régionale et souveraineté monétaire pose un dilemme stratégique majeur. Si les États de l’AES persistent dans leur volonté de créer une monnaie confédérale, cela marquerait un tournant décisif dans l’histoire du franc CFA.
Mais une chose est sûre : l’Union économique et monétaire ouest-africaine traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire, à l’heure où la solidarité régionale est mise à rude épreuve par des aspirations nationales de plus en plus affirmées.











