Le procès des marchés d’équipements militaires au Mali se poursuit. Deux figures majeures du régime IBK, Bouaré Fily Sissoko et Mahamadou Camara, se défendent devant la Cour sur des accusations de mauvaise gestion.
Des membres du régime IBK confrontés à la justice
Le tribunal chargé de juger l’affaire des marchés liés à l’achat de l’avion présidentiel et des équipements militaires a tenu une nouvelle audience le 10 juin 2025. Cette session a porté spécifiquement sur les conditions d’acquisition du matériel militaire durant la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta.
Parmi les accusés figurent deux anciens hauts responsables : Bouaré Fily Sissoko, ancienne ministre de l’Économie et des Finances, et Mahamadou Camara, ancien directeur de cabinet de la présidence. Tous deux ont plaidé leur bonne foi et le respect des procédures administratives dans le traitement du dossier.
Un contrat controversé de 69 milliards de FCFA
L’affaire remonte à novembre 2013, lorsqu’un protocole d’accord a été signé entre le gouvernement malien et l’entreprise Guo Star Sarl, dirigée par l’homme d’affaires Sidi Mohamed Kagnassy. Ce contrat, d’un montant supérieur à 69 milliards de FCFA, concernait la fourniture d’équipements militaires pour l’armée malienne.
Pour faciliter les transactions, un fonds de garantie de 100 milliards de FCFA a été déposé par le gouvernement auprès de la Banque Atlantique. Selon les éléments du dossier présentés par la Cour, c’est une correspondance signée par Bouaré Fily Sissoko, datée du 28 juillet 2014, qui aurait autorisé cette garantie.
Déni de responsabilité et décisions tardives
Devant les juges, Bouaré Fily Sissoko a contesté ce point. Elle affirme ne pas avoir été impliquée dans la signature du contrat, ni dans la mise en place de la garantie. Selon elle, des mesures correctives avaient été prises dès qu’elle a eu connaissance de la situation. Ainsi, elle indique avoir annulé l’utilisation du fonds par la Banque le 27 septembre 2014, tout en exigeant que les paiements soient réalisés uniquement après la livraison effective des équipements.
Cependant, à ce moment-là, 44 milliards de FCFA avaient déjà été débloqués au profit de Guo Star Sarl, sans approbation explicite du gouvernement, selon l’ex-ministre.
Le rôle de Mahamadou Camara en question
L’autre accusé, Mahamadou Camara, est mis en cause pour avoir confié un mandat officiel à Sidi Mohamed Kagnassy pour l’approvisionnement de l’armée. Face à la Cour, l’ancien directeur de cabinet a justifié son action en affirmant avoir reçu des instructions directes du Président de la République.
La question centrale reste donc de savoir si ces ordres étaient légaux, documentés et conformes aux règles de passation des marchés publics. Camara, tout comme Sissoko, insiste sur le respect des normes et leur non-implication personnelle dans les malversations présumées.
Vers des éclaircissements judiciaires
Ce procès emblématique met en lumière les zones d’ombre de la gestion des deniers publics sous le régime d’IBK. Il s’inscrit dans la volonté actuelle des autorités maliennes de faire toute la lumière sur les dossiers sensibles du passé, en renforçant la lutte contre la corruption.
L’audience du 10 juin 2025 pourrait ainsi marquer un tournant dans la quête de transparence et de justice au Mali, alors que l’opinion publique réclame des comptes sur l’utilisation des ressources publiques destinées à la défense nationale.











