Le Rwanda a officialisé son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), lors du sommet de Malabo le 7 juin 2025. Ce départ marque la seconde rupture entre Kigali et cette organisation régionale.
Le Rwanda tourne le dos à la CEEAC
Réunis à Malabo le 7 juin 2025, les chefs d’État membres de la CEEAC ont tenu leur 26ᵉ session ordinaire sans la participation du Rwanda. À l’issue de ce sommet, Kigali a formellement annoncé son retrait du Rwanda de l’organisation, invoquant des désaccords persistants et un climat jugé hostile à ses intérêts.
Ce retrait n’est pas une première. En 2007, le Rwanda avait déjà quitté la CEEAC pour privilégier d’autres alliances régionales, avant de réintégrer l’organisation en 2016 après un processus de réadmission entamé en 2015. Le 18 août 2016, la lettre de réintégration avait été remise au secrétaire général de la communauté à Libreville, consacrant le Rwanda comme 11ᵉ État membre.
Une tension diplomatique grandissante
Selon le gouvernement rwandais, cette décision est motivée par une accumulation de frustrations. La goutte d’eau semble avoir été la prolongation du mandat du président en exercice de la CEEAC, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, alors que la présidence tournante devait revenir au Rwanda. Cette prorogation, décidée par les autres chefs d’État, a été justifiée par un contexte régional tendu, mais perçue à Kigali comme une mise à l’écart délibérée.
Dans un communiqué, les autorités rwandaises ont dénoncé une instrumentalisation de la CEEAC par la République démocratique du Congo (RDC), accusant certains États membres de complicité tacite.
Un passif de conflits au sein de la CEEAC
Les tensions entre le Rwanda et la RDC ne datent pas d’hier. En février 2023, le Rwanda n’avait pas été autorisé à participer à distance au 22ᵉ sommet ordinaire organisé à Kinshasa, bien qu’un accord préalable ait été trouvé avec la Commission. Le président Paul Kagame avait alors saisi l’Union africaine, dénonçant une « violation du traité » fondateur de la CEEAC.
Pour Kigali, cet épisode a renforcé le sentiment d’exclusion au sein de l’organisation, déjà alimenté par des divergences diplomatiques persistantes dans la région des Grands Lacs.
Un repositionnement stratégique pour Kigali
La décision de quitter à nouveau la CEEAC semble s’inscrire dans une stratégie régionale plus large. Le Rwanda, pays enclavé d’une superficie de 26 340 km², a depuis longtemps diversifié ses alliances régionales. Il est membre actif de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) depuis 2007, et du Commonwealth, structures qu’il privilégie pour ses ambitions économiques et diplomatiques.
Avec environ 1 385 000 hectares de terres cultivables, soit 52 % de sa surface, le Rwanda cherche aussi à renforcer sa souveraineté économique en se recentrant sur des partenariats mieux alignés avec ses objectifs de développement.
Une rupture durable avec la CEEAC ?
Le départ du Rwanda pose la question de l’efficacité de la CEEAC dans la gestion des divergences internes. Fondée en 1983, cette organisation avait pour ambition de promouvoir l’intégration politique et économique en Afrique centrale. Mais les rapports de force bilatéraux et les tensions chroniques entre États membres, comme dans le cas rwandais, mettent à mal cette vision d’unité.
Le retrait de Kigali, pour la seconde fois en moins de deux décennies, souligne les limites actuelles de l’intégration régionale dans cette partie du continent.











