Alors que les finances publiques sont sous pression, la création monétaire revient au centre des débats économiques dans l’UEMOA. Cette option, pourtant interdite depuis plus de deux décennies, divise experts et décideurs.
Le dilemme budgétaire dans l’UEMOA
Dans les pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la situation budgétaire devient de plus en plus critique. Face à une dette croissante, des subventions coûteuses et des besoins d’investissement élevés, les gouvernements cherchent de nouvelles solutions pour équilibrer leurs finances.
Parmi les pistes évoquées, le financement public par la création monétaire refait surface. Longtemps écartée pour protéger la stabilité du franc CFA, cette option soulève désormais des interrogations majeures sur sa pertinence et ses risques potentiels.
Une pratique interdite depuis 2001
Depuis 2001, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) n’est plus autorisée à financer directement les États membres. Cette interdiction visait à prévenir toute dérive inflationniste et à garantir la crédibilité de la monnaie régionale.
Aujourd’hui encore, cette règle reste en vigueur. Mais dans le contexte actuel de crise budgétaire, certains économistes plaident pour une flexibilité mesurée, notamment via des outils indirects comme l’achat d’obligations publiques sur le marché secondaire.
Deux visions économiques qui s’opposent
Pour les partisans d’un assouplissement, une création monétaire contrôlée permettrait d’alléger les tensions financières sans recourir à de nouvelles dettes extérieures. Ils estiment qu’il s’agit d’un levier utile pour stimuler l’économie sans compromettre l’avenir.
En revanche, les détracteurs redoutent un effet boule de neige. Selon eux, cette voie pourrait affaiblir la rigueur budgétaire, faire fuir les investisseurs et relancer une spirale inflationniste difficile à maîtriser.
Une BCEAO ferme sur ses positions
Malgré les appels croissants au changement, la BCEAO maintient sa ligne. Elle considère toute forme de monétisation des déficits, même indirecte, comme contraire à ses statuts. Cette fermeté traduit une volonté de préserver la stabilité monétaire dans un environnement déjà fragilisé par des tensions sociales et des incertitudes politiques.
Un débat symptomatique des tensions actuelles
Le retour de ce débat met en lumière les choix complexes auxquels sont confrontés les décideurs économiques de la région. Il s’agit de trouver un équilibre entre soutenabilité budgétaire, relance économique et stabilité financière, dans une conjoncture marquée par l’urgence sociale et les pressions internes.
Au-delà du cas de la zone UEMOA, ce dilemme reflète des enjeux globaux sur la gestion monétaire dans les économies en développement, et la place que peut ou non occuper une banque centrale face aux besoins croissants des États.











