L’ancien Premier ministre malien, Choguel Kokalla Maïga, s’oppose ouvertement à la loi permettant un mandat illimité pour le président de transition. Il met en garde contre les dérives autoritaires et les conséquences sécuritaires d’une telle orientation politique.
Choguel Maïga dénonce la dérive du pouvoir militaire au Mali
Dans une récente intervention vidéo, Choguel Kokalla Maïga, ancien chef du gouvernement malien, a exprimé de vives inquiétudes face à la nouvelle législation offrant un mandat illimité au président de la transition, Assimi Goïta. L’ancien Premier ministre estime que cette mesure, adoptée sans consultation populaire, pourrait précipiter le Mali dans une spirale politique dangereuse.
Selon lui, la décision prise par des officiers militaires, à huis clos, de prolonger indéfiniment le pouvoir exécutif au nom de la « pacification » du pays, constitue un précédent préoccupant. « Pourquoi certains militaires s’autorisent-ils à décider seuls qu’un président peut rester en place aussi longtemps qu’ils le souhaitent ? » s’interroge-t-il.
Un risque de complicité involontaire avec les groupes armés
Choguel Maïga redoute qu’une telle logique favorise indirectement les intérêts des groupes terroristes actifs dans le pays. Il explique que si la paix devient une condition préalable au changement de régime, les ennemis de la stabilité auront tout intérêt à maintenir le désordre. « Cela reviendrait à faire du pouvoir militaire un allié objectif des terroristes, puisque leur intérêt commun serait de prolonger l’instabilité pour retarder toute alternance », affirme-t-il.
L’ancien dirigeant insiste sur le risque de créer une impasse institutionnelle. Plus la transition dure sans légitimation démocratique, plus les tensions politiques, économiques et sociales risquent de s’aggraver.
Un appel à la responsabilité historique
À travers son message, Choguel Maïga invite les autorités de transition à revenir à l’essentiel : reconstruire l’État malien, et non installer un système au service de quelques-uns. « Nous avons combattu ce type de régime. Le rôle des militaires n’est pas de s’éterniser au pouvoir, mais d’assurer le retour à la légitimité démocratique », rappelle-t-il.
Il s’inquiète par ailleurs de la fracture croissante entre les acteurs politiques traditionnels et les détenteurs actuels du pouvoir. Pour lui, cette division mine la cohésion nationale. « Une société divisée est vulnérable », déclare-t-il.
Crainte d’un soulèvement populaire et d’une récupération
L’ancien Premier ministre évoque également la tentative récente de certains groupes armés de profiter de la situation. D’après lui, ces derniers ont lancé un appel à un gouvernement d’union nationale incluant les opposants au régime militaire. Cette initiative, perçue comme une manœuvre opportuniste, démontre selon lui le niveau de fragilité politique atteint par le pays.
Choguel Maïga met en garde contre un possible basculement : « Si les citoyens perdent confiance dans leurs dirigeants, ils pourraient être tentés par des solutions extrêmes. »
Un dernier espoir dans la raison
Malgré ses critiques fermes, Choguel Maïga se veut porteur d’espoir. Il espère que le bon sens l’emportera, tant du côté des militaires que de celui des acteurs civils. « Le Mali n’a pas le droit d’échouer », conclut-il, appelant à une sortie de crise respectueuse de la volonté populaire et de l’intérêt général.











