Dans la province de Bujumbura, au Burundi, six individus ont été tués lors d’une attaque violente liée à des accusations de sorcellerie. Les faits, attribués à des membres d’un mouvement de jeunesse politique, soulèvent de vives inquiétudes sur la justice populaire.
Lynchage mortel au Burundi : six personnes tuées sur fond d’accusations de sorcellerie
Un drame d’une extrême violence s’est déroulé le 1ᵉʳ juillet 2025 dans la province de Bujumbura, au Burundi, où six personnes accusées de sorcellerie ont été tuées par une foule en colère. L’attaque, survenue en fin de journée dans la localité de Gasarara, à une dizaine de kilomètres de la capitale économique, a été attribuée à des membres présumés des Imbonerakure, groupe de jeunesse affilié au parti au pouvoir.
Selon un responsable administratif local, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, les victimes ont été prises pour cible dans leurs propres foyers. « Un groupe de jeunes a attaqué plusieurs maisons de personnes soupçonnées de sorcellerie. Ils les ont tuées de manière atroce », a-t-il affirmé. Deux d’entre elles auraient été brûlées vives, tandis que les quatre autres ont été lapidées ou battues à coups de gourdin.
Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, bien que non authentifiées de manière officielle, montrent des scènes de violences extrêmes. Deux témoins oculaires ont toutefois reconnu certains assaillants comme faisant partie des Imbonerakure. Ce groupe, régulièrement critiqué par des organisations internationales comme Human Rights Watch, est souvent accusé de se livrer à des actes de violence politique et à des exactions contre des civils.
La situation aurait pu être encore plus dramatique. Trois autres personnes, elles aussi attaquées, ont été sauvées in extremis grâce à l’intervention des forces de sécurité. Cependant, la réaction tardive des autorités soulève des interrogations. Le gouverneur de Bujumbura, Désiré Nsengiyunva, a reconnu les faits et expliqué que le délai d’intervention était dû à l’enclavement de la zone touchée.
Il a également condamné cette forme de justice populaire, qualifiée d’« inacceptable », précisant que les accusations portées contre les victimes reposaient sur des rumeurs liées à des décès mystérieux dans le village. Il a insisté sur le fait qu’aucune preuve ne justifiait de telles représailles.
À ce stade, douze personnes ont été interpellées en lien avec l’affaire. Aucune information supplémentaire sur leur identité n’a été communiquée. Les autorités affirment avoir ouvert une enquête, mais les organisations de défense des droits humains exigent une enquête indépendante afin de faire toute la lumière sur ce drame.
Ce type de lynchage n’est malheureusement pas isolé au Burundi. Dans ce pays où les traditions ancestrales cohabitent avec une société majoritairement chrétienne, les accusations de sorcellerie sont fréquentes, en particulier lorsqu’un décès ou un malheur survient de manière inexpliquée. Cette situation entretient un climat de peur et contribue à des violences récurrentes, souvent impunies.
Les ONG appellent à des réformes urgentes, notamment en matière d’éducation, de justice communautaire et de prévention des violences, afin d’éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.











