La sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CÉDÉAO marque un tournant dans l’équilibre ouest-africain. Malgré cette fracture, des liens économiques et stratégiques persistent, laissant la porte entrouverte à un possible rapprochement.
Le départ historique de trois pays du Sahel
En janvier 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO). Cette décision, prise dans un contexte de tensions croissantes, marque une césure profonde dans l’architecture politique et régionale de l’Afrique de l’Ouest. Les trois États, désormais réunis sous la bannière de l’Alliance des États du Sahel (AÉS), invoquent la défense de leur souveraineté, leur sécurité nationale et la mise en œuvre d’un modèle de gouvernance alternatif.
Un divorce motivé par des divergences profondes
Le départ des trois pays est le fruit d’un ressentiment ancien envers la CÉDÉAO, accentué par des sanctions économiques et diplomatiques infligées après les prises de pouvoir militaires. Pour les régimes de transition, ces sanctions sont perçues comme une ingérence inacceptable, déconnectée des défis sécuritaires auxquels leurs États font face, notamment la lutte contre le terrorisme dans le Sahel.
Alors que la CÉDÉAO privilégie le respect de l’ordre constitutionnel et des transitions démocratiques, les membres de l’AÉS optent pour une stratégie axée sur la sécurité immédiate et la reconstruction de l’État, qu’ils jugent plus adaptée aux réalités locales.
L’économie et la géopolitique, des leviers de rapprochement
Malgré cette rupture CÉDÉAO, les liens économiques entre les deux blocs restent étroits. Le commerce régional, les corridors logistiques, les infrastructures transfrontalières et surtout la monnaie commune (le franc CFA) continuent de connecter l’AÉS à ses anciens partenaires. L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UÉMOA) joue un rôle crucial dans cette interdépendance.
Une diminution des échanges ou un isolement économique prolongé pourrait affaiblir aussi bien les pays de l’AÉS que ceux de la CÉDÉAO. Cette réalité pourrait inciter les deux parties à renouer le dialogue, ne serait-ce que pour préserver les acquis économiques et logistiques.
Des alternatives incertaines pour l’AÉS
Des pistes de coopération alternative ont été évoquées par l’AÉS, notamment des accords commerciaux ou monétaires avec d’autres partenaires internationaux. Toutefois, leur mise en œuvre à court terme semble compromise, en raison de ressources limitées et de pressions géopolitiques croissantes.
Par ailleurs, les relations stratégiques avec des puissances telles que la Russie, la Chine ou les pays du Golfe pourraient soit renforcer l’autonomie du bloc sahélien, soit souligner la nécessité d’un retour vers un partenariat régional plus équilibré.
Une réconciliation conditionnée par des changements mutuels
Un retour des pays de l’AÉS dans le giron de la CÉDÉAO n’est pas totalement exclu. Il supposerait toutefois de profondes réformes internes de l’organisation régionale : une révision de son mécanisme de sanction, une meilleure prise en compte des réalités locales et un respect accru du principe de non-ingérence.
De leur côté, les autorités de transition des trois pays devront reconnaître en la CÉDÉAO un cadre compatible avec leurs objectifs sécuritaires et politiques. L’échec d’alternatives viables pourrait également les pousser à reconsidérer leur position.
Un avenir incertain, mais ouvert
La dynamique actuelle traduit avant tout la volonté des peuples sahéliens de repenser les formes de coopération régionale. La sortie de la CÉDÉAO ne signe pas nécessairement la fin du dialogue, mais plutôt le début d’un nouvel équilibre à construire.
Dans un environnement géopolitique en mutation, une recomposition des alliances régionales semble inévitable. Le retour à la table des négociations, sous de nouvelles conditions, reste une perspective plausible à moyen terme.











