
Face aux écarts budgétaires révélés par les audits récents, le Sénégal est contraint à des choix économiques difficiles. Le Pr Amath Ndiaye, économiste, revient sur les réformes nécessaires pour restaurer la stabilité fiscale.
Le Sénégal confronté à une crise budgétaire majeure
Les résultats des récents audits sur les finances publiques du Sénégal ont mis en évidence des écarts significatifs entre les chiffres officiels et la réalité. Le déficit budgétaire, auparavant annoncé à environ 6 % du PIB, atteint en réalité 12 %, tandis que la dette publique s’approche dangereusement de 100 % du PIB. Cette situation place le pays dans une zone de vulnérabilité critique, menaçant sa stabilité fiscale.
Ces révélations ont entraîné une perte de crédibilité du Sénégal sur les marchés internationaux. Plusieurs agences de notation, dont Moody’s, ont réagi en abaissant la note souveraine du pays, ce qui complique l’accès à des financements extérieurs à des conditions acceptables.
Les conséquences économiques immédiates et à long terme
À court terme, le coût du financement de l’État augmente, réduisant la marge de manœuvre budgétaire. À long terme, il est impératif de restructurer les finances publiques pour éviter une crise de la dette.
Selon le Pr Ndiaye, la consolidation budgétaire devra s’articuler autour de trois axes :
- Une réforme fiscale ambitieuse, élargissant l’assiette et luttant contre l’évasion ;
- Une maîtrise rigoureuse des dépenses, avec une évaluation stricte des politiques publiques ;
- Une gouvernance transparente, basée sur la redevabilité.
L’objectif est de revenir à un déficit inférieur à 3 % du PIB en respect des critères de la CEDEAO, un processus qui pourrait durer trois à cinq ans.
Le rôle stratégique du FMI dans la relance
Le Fonds Monétaire International (FMI), qui a suspendu son programme avec le Sénégal, attend des signaux clairs de réforme. Son appui est essentiel, non seulement pour des prêts concessionnels, mais aussi pour rassurer les bailleurs de fonds.
Les instruments du FMI, comme la Facilité élargie de crédit (FEC) ou la Facilité de crédit rapide (FCR), proposent des taux très bas, bien plus avantageux que les marchés. Leur soutien permettrait à l’État de respirer sans aggraver la dette.
Des réformes douloureuses mais nécessaires
Même sans l’appui du FMI, le Sénégal devra prendre des mesures d’austérité. Parmi les priorités :
- Réduire le train de vie de l’État ;
- Revoir les subventions non ciblées ;
- Cibler les aides sociales vers les populations les plus vulnérables.
Ces réformes risquent de générer des tensions sociales. Il sera crucial d’impliquer les citoyens, d’ouvrir le dialogue avec les syndicats, et de proposer une trêve sociale temporaire, accompagnée d’une communication claire sur les enjeux.
Renforcer la solidarité et l’investissement privé
Face aux limites budgétaires, l’État doit favoriser :
- Les campagnes communautaires de solidarité ;
- L’engagement de la diaspora ;
- La valorisation des produits locaux et des PME nationales.
La réussite de la Vision Sénégal 2050 dépendra moins de la capacité de l’État à financer des projets que de son aptitude à attirer les investissements privés, à créer un climat de confiance, et à développer des partenariats public-privé dans des secteurs stratégiques : énergie, agriculture, numérique, santé.











