Le différend entre l’État malien et la société Barrick autour de la mine Loulo-Gounkoto révèle des déséquilibres profonds dans l’exploitation des ressources minières. Une crise qui pourrait bien amorcer une refonte du modèle minier africain.
Une crise révélatrice d’inégalités profondes
Au cœur d’un bras de fer entre le gouvernement malien et le géant minier Barrick, la question de la souveraineté économique s’impose. Ce conflit, lié à l’exploitation de la mine Loulo-Gounkoto, soulève des interrogations sur les conditions préférentielles accordées pendant des années à Randgold, absorbée depuis par Barrick.
Selon plusieurs observateurs, ces avantages comprenaient des exonérations fiscales étendues, des dérogations réglementaires et des privilèges douaniers. L’absence d’audits indépendants et la faiblesse des contrôles ont permis à l’entreprise de réduire sa contribution fiscale.
Le non-rapatriement des devises en cause
Un des points de friction majeurs concerne le non-rapatriement régulier des recettes d’exportation. Cette pratique prive le système bancaire malien de devises essentielles, réduisant sa capacité à financer les projets de développement.
Une réaction nationale jugée légitime
Face à ces déséquilibres, le gouvernement malien a placé la mine Loulo-Gounkoto sous administration provisoire. Loin d’une volonté de nationalisation, cette mesure vise à préserver la production, les emplois et les recettes fiscales. Validée par un tribunal malien, elle s’inscrit dans le respect du droit national.
Cette action s’inscrit dans une démarche souveraine pour préserver un outil stratégique, tout en laissant la porte ouverte à un règlement négocié.
Enjeu juridique et souveraineté internationale
Barrick a porté l’affaire devant le CIRDI, espérant contester la légalité de la décision. Toutefois, le Mali s’appuie sur la résolution 1803 des Nations unies qui garantit à chaque État la souveraineté sur ses ressources. Une tentative d’accord de 275 milliards FCFA avait même été proposée, sans succès.
Le traitement appliqué à Barrick n’est ni discriminatoire ni isolé, puisque d’autres entreprises ont accepté de renégocier.
Vers un nouveau modèle minier africain
Ce conflit met en évidence l’urgence d’un modèle plus équitable. Il s’agit de limiter les exonérations, imposer un contenu local, créer des fonds souverains miniers et augmenter la part publique dans les projets stratégiques.
Recommandations pour un avenir durable
- Relancer la production dans un cadre sécurisé ;
- Réintégrer les travailleurs pour éviter les tensions sociales ;
- Préparer une défense stratégique au CIRDI avec des experts internationaux ;
- Réformer le Code minier avec des clauses de renégociation et une régulation renforcée des flux financiers.
Le Mali souhaite également coopérer avec d’autres pays comme la RDC, le Cameroun ou la Zambie pour une réponse panafricaine aux pratiques abusives.
Conclusion : un combat au nom de l’économie nationale
Ce bras de fer juridique dépasse la simple question contractuelle. Il s’agit d’un véritable combat pour la dignité économique. Le Mali réaffirme sa volonté d’accueillir les investisseurs, mais exige désormais transparence, justice fiscale et partage équitable des richesses.











