Souvent sous-estimé, le tabagisme passif constitue un réel danger pour la santé publique. Même sans consommer directement du tabac, de nombreuses personnes en subissent les conséquences dramatiques.
Un fléau qui s’étend bien au-delà des fumeurs
Le tabagisme passif, aussi appelé exposition involontaire à la fumée de tabac, touche une part importante de la population. Contrairement aux idées reçues, il ne concerne pas seulement les fumeurs, mais également leur entourage qui respire les substances toxiques libérées par la combustion du tabac. Au Mali, cette problématique gagne du terrain, souvent dans l’indifférence générale.
Selon les spécialistes de la santé, la fumée dégagée par une cigarette contient près de 4 000 produits chimiques, dont certains sont classés cancérigènes. Le Pr Yacouba Toloba, chef du service de pneumologie à l’hôpital du Point G, insiste : « Le tabagisme passif est aussi nocif que le tabagisme actif. Même à faible dose, il peut provoquer des maladies respiratoires graves, voire des cancers. »
Des scènes de tension dans la vie quotidienne
Dans les espaces publics, les conflits entre fumeurs et non-fumeurs ne sont pas rares. Dans une station de vidange, un sexagénaire s’est violemment opposé à un jeune homme qui fumait sans retenue. Exaspéré, il a rappelé l’importance du respect d’autrui et de la conscience des risques sanitaires encourus.
Cette situation reflète le malaise ressenti par de nombreux non-fumeurs qui, malgré eux, inhalent régulièrement de la fumée de cigarette, que ce soit dans les transports en commun, les bureaux, ou même à domicile.
Les victimes invisibles du foyer familial
Pour certaines femmes, vivre avec un partenaire fumeur est devenu un calvaire. Fatouma Diarra, mariée depuis dix ans, déplore l’attitude de son époux : « Il fume n’importe où, même dans notre chambre. J’ai l’impression de fumer malgré moi. » Une autre femme témoigne également de son vécu difficile, révélant que son enfant souffre d’asthme, une pathologie qu’elle attribue directement à l’exposition à la fumée.
Ces récits illustrent à quel point le tabagisme passif domestique est souvent ignoré, alors qu’il peut avoir des conséquences dramatiques sur la santé, notamment chez les nourrissons et les enfants.
Une prise de conscience encore trop lente
Malgré les mises en garde, de nombreux fumeurs ne mesurent pas l’ampleur du danger. Abdou Traoré, fumeur depuis 30 ans, avoue sans détour : « Je fume même devant mes enfants. Je ne savais pas que cela pouvait les affecter. » De son côté, Mohamed Yattassaye, trentenaire, reconnaît les risques pour lui-même, mais doute de leur impact sur son entourage.
Ce manque d’information et de sensibilisation constitue un frein majeur à la lutte contre le tabagisme passif.
Des conséquences médicales lourdes
Les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. Le Pr Toloba souligne que son service reçoit de plus en plus de patients jeunes, âgés de 30 à 45 ans, souffrant de troubles respiratoires sévères. Autrefois, ces symptômes touchaient surtout les quinquagénaires ayant longtemps fumé. Aujourd’hui, la tendance change et laisse craindre une explosion de maladies chroniques précoces.
Il alerte également sur le risque de mort subite du nourrisson lié à l’exposition à la fumée après la naissance, un phénomène souvent ignoré par les parents fumeurs.
Prévenir pour mieux protéger
La lutte contre le tabagisme passif repose sur trois piliers, selon le Pr Toloba : prévenir l’entrée dans le tabagisme, accompagner le sevrage des fumeurs, et traiter les pathologies liées à cette addiction. Il appelle à une mobilisation collective, aussi bien des autorités que des citoyens, pour réduire l’exposition à la fumée et sauvegarder la santé publique.











