Alors que la démocratie est accusée de freiner le développement au Mali, une analyse plus rigoureuse révèle une confusion entre régimes politiques et résultats économiques. Et si le véritable défi n’était pas la démocratie elle-même, mais son appropriation ?
Démocratie ou sous-développement : une fausse équation ?
Depuis quelque temps, la démocratie est mise sur le banc des accusés dans les débats publics au Mali, notamment sur les réseaux sociaux. Certains pointent du doigt le système démocratique comme principal responsable du sous-développement du pays depuis 1991, année marquant le début du processus démocratique malien.
À en croire cette lecture, tous les maux de la nation proviendraient exclusivement de cette période dite démocratique, reléguant au second plan les années de régime autoritaire, comme celles de Moussa Traoré, au pouvoir pendant 23 ans. Une comparaison partielle, qui mérite pourtant d’être recontextualisée.
Dictature vs démocratie : un débat mal posé
Opposer démocratie et développement conduit souvent à des conclusions erronées. Le véritable débat devrait plutôt se situer entre démocratie et dictature, deux modèles de gouvernance aux implications bien différentes.
Chaque régime malien — qu’il s’agisse de Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré (ATT), Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) ou Assimi Goïta — a laissé un héritage qu’il est possible d’évaluer objectivement. Toutefois, aucun n’a offert de solution miracle au développement durable du pays.
Ce que la démocratie permet réellement
La démocratie, bien que souvent imparfaite, offre des garanties fondamentales : libertés publiques, droits individuels, alternance pacifique du pouvoir, séparation des pouvoirs, indépendance judiciaire. Elle propose une méthode rationnelle d’accession au pouvoir, par des élections libres et transparentes, et non par la force.
Des exemples concrets au Mali illustrent ces acquis : un journaliste a pu remporter un procès contre Karim Kéita, député et fils du président d’alors, sans subir de pression politique. Le mouvement M5-RFP a pu manifester publiquement pour demander des comptes au pouvoir en place. Ces faits seraient difficilement envisageables dans un système autoritaire.
Le développement n’est pas automatique
Cependant, la démocratie ne garantit pas automatiquement la prospérité. Le développement économique repose sur des politiques efficaces, la stabilité institutionnelle, la bonne gouvernance et surtout, sur le travail collectif. La démocratie crée un cadre de liberté, mais c’est l’action des citoyens et des gouvernants qui produit le progrès.
Vers une démocratie renforcée et mieux appliquée
Plutôt que de rejeter la démocratie, il s’agirait de la repenser pour l’adapter aux réalités maliennes. Comment revenir à une gestion politique plus rationnelle sans plonger le pays dans une nouvelle crise ? Comment rendre la justice plus indépendante et le Parlement











